De professeur stagiaire à prof en disponibilité

Je suis passée de professeur stagiaire à prof en disponibilité un an après avoir enfin réalisé un rêve professionnel qui me poursuivait depuis trèèèèès longtemps : devenir prof d’espagnol ! Dans mon dernier article , j’explique comment j’ai passé et obtenu le CAPES pour devenir professeur certifié. J’ai écrit cet article il y a plus d’une année déjà ! Et aujourd’hui je souhaite partager avec vous cette expérience de professeur stagiaire à l’Éducation Nationale.

C’est une année menée à un rythme effréné, le speed total, la tête toujours dans le guidon, le tout ponctué de périodes encore plus intenses (et oui c’est possible !). « J’ai l’impression d’être dans le tambour de la machine à laver… en mode essorage permanent » m’a dit un soir de conseil de classe une collègue prof d’anglais qui exerçait depuis plus de 20 ans. L’image est très juste. Moi aussi, je me suis sentie aspirée par toutes les obligations du métier qui ne laissent place… à rien d’autre !!!

Dans ce nouvel article, je vous raconte mon année de professeur stagiaire à l’issue de laquelle j’ai choisi de prendre une disponibilité. A peine mon grand rêve réalisé, je demande un break, étrange, non ?

Ma rentrée de professeur stagiaire

 

Avant de vous raconter cette rentrée de professeur stagiaire, laissez-moi vous expliquer comment je suis arrivée à l’Éducation Nationale. Mon parcours n’est pas commun et il est primordial d’en tenir compte. Car mes ressentis et mes besoins tout au long de cette année de stage ne sont pas forcément les mêmes que ceux des personnes qui viennent d’un MASTER 1 MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) et qui sont donc en continuité d’études.

Mon parcours avant le CAPES

24 ans avant de passer et d’obtenir le CAPES, j’ai quitté l’université avec une maîtrise de LEA anglais-espagnol en poche (aujourd’hui c’est l’équivalent d’un Master 1). Étudiante ERASMUS en Espagne puis Assistante de français en Angleterre, j’ai profité du cursus pour vivre à l’espagnole et à l’anglaise. Et je dois dire que j’ai adoré ça ! 😉

Ensuite pendant 4 ans, j’ai continué à utiliser l’espagnol en poursuite d’études et dans le travail, puis plus rien ! A part jouer la touriste en Espagne de temps en temps… Vous comprenez maintenant que passer le CAPES d’espagnol pour devenir prof est un tant soi peu ambitieux dans ce contexte…J’ai donc préféré le passer pour connaître mon niveau en espagnol ! L’idée première était de reprendre des études en Master 1 MEEF Espagnol si mes résultats au CAPES n’étaient pas trop mauvais. Alors quand j’ai su que j’étais admise à l’écrit, j’avais atteint l’objectif !

Et les choses se sont ensuite très vite enchaînées : comprendre l’épreuve orale, la préparer un minimum, faire des vœux géographiques en cas de succès, passer l’épreuve orale, être admise 😉, attendre une affectation qui arrivera le 18 Juillet (avec toujours en tête que si c’est trop loin « j’irai pas ! »), être affectée à 35 km de chez moi (ô joie !) et finalement me demander « Mais comment préparer des cours qui correspondent aux attentes de l’Éducation Nationale ???? » (ô angoisse !). Et voilà mon côté ‘bon élève’ qui ressort encore… J’ai toujours eu besoin de ‘bien faire’ (mon travail, mon rôle de maman…) !

Ma rentrée de professeur stagiaire à l’ESPE

Ma rentrée de professeur stagiaire à l'ESPE

Ma rentrée de professeur stagiaire à l’ESPE

Je passe l’été à errer sur les groupes Facebook de profs, à parcourir les sites de ressources sur internet… Bref, je m’éparpille tout en m’imprégnant de l’environnement des profs (comme une viande qu’on laisse mariner avant la cuisson !). Et le 21 Août, la proviseure de mon lycée de stage répond à ma demande concernant mes niveaux de classe (2nde et 1ère). Puis le 27 Août, j’ai un premier contact avec ma tutrice terrain.

Quand je fais ma rentrée à L’ESPE (École Supérieure du Professorat et de l’Éducation) le 28 Août, je pense ressortir de ces 3 jours de formation avec des cours validés par l’Éducation Nationale. Adaptés aux niveaux de classe de mes élèves, ces cours me permettront de travailler sereinement le premier mois. Et bien non !!!

Après le discours du recteur, je suis pourtant boostée ! Je n’ai qu’une pensée en tête : « J’ai fait le bon choix, je suis à ma place ». Oui, à 47 ans on peut encore être plein d’illusions en démarrant un nouveau job !!! Et je me suis sentie très fière et enfin utile en entendant ces mots :

 La France met entre vos mains ce qu’elle a de plus cher : ses enfants.

Mais dans la même journée, j’ai commencé à avoir des doutes quand notre formatrice nous a fait comprendre que les professeurs ne devaient pas être ‘modélisés’… Ce qui revient à dire que chacun doit préparer ses propres séquences de cours au nom de la sacro-sainte ‘liberté pédagogique’ ! Moi qui passe ma vie à rêver de liberté, je peux vous assurer que ma définition du mot ‘liberté’ n’est pas celle de l’Éducation Nationale !

Au final, j’ai compris que je devais me débrouiller pour préparer mes cours, oui c’est une forme de liberté ! Mais que je devais aussi respecter le cadre : séances, séquences, tâches intermédiaires, projets finaux… Et qu’en tant que ‘concepteur de mes enseignements’, je pouvais certes piocher des idées dans les livres scolaires, mais non (!!!), je ne devais en aucun cas utiliser les séquences complètes de ces ouvrages…

La pré-rentrée dans mon établissement d’affectation

Mon cerveau n’est plus qu’un énorme point d’interrogation en surchauffe quand le 31 Août je fais ma pré-rentrée dans mon établissement d’affectation. Mais je suis impatiente, car je vais enfin avoir des réponses et au moins savoir à quoi va ressembler mon emploi du temps cette année. Et puis je vais aussi connaître mes nouveaux collègues et voir comment je me sens dans cet environnement !

Présentations, accueil, bienvenue, discours, emploi du temps, classes, listes d’élèves, clés, collègues, repérages de salles, profs principaux… La journée passe très vite et le soir venu je n’ai pas réussi à avoir mon code d’accès sur les PC !!! C’est normal, c’est la rentrée, tout le monde est débordé !!! Grrrr !!!!

En fin de journée, ma tutrice m’accorde une petite heure et n’hésite pas à me raconter sa vie professionnelle… Notre premier contact téléphonique s’était très bien passé, bon feeling, discussion à bâtons rompus… C’est vrai que je lui ai posé des questions précises par mail et que j’ai obtenu de vagues réponses orales. Mais je ne pensais pas qu’une personne de terrain serait aussi peu explicite que les formatrices de l’ESPE

Bilan de la pré-rentrée : ma tutrice terrain est nouvelle dans ses missions de tutrice et de prof principal, j’ai réussi à faire quelques photos de ses cahiers de classe de 2nde et 1ère, je ne sais pas comment je vais exploiter ces documents….

Le quotidien d’un professeur stagiaire

 

C’est la rentrée des élèves !!!! L’heure de vérité approche : comment va se passer le contact avec les élèves ? Certes je vois très bien ce qu’est un ado ! J’en ai à la maison et j’ai l’habitude de côtoyer les amis de mes enfants. Mais dans le cadre d’une salle de classe, je ne peux que me remémorer mon passé d’élève qui aimait certes apprendre mais aussi rigoler…(je n’ai pas changé !😉). J’ai aussi des souvenirs de pur ennui… J’ai donc pour objectif un enseignement qui permette d’apprendre en s’amusant et d’éviter l’ennui !

Le quotidien d'un professeur stagiaire

Le quotidien d’un professeur stagiaire

Professeur stagiaire en responsabilité : seule face aux élèves

Juste avant de donner ma 1ère heure de cours préparée avec un soin extrême, un collègue me dit : « Un conseil, range-les dans l’ordre alphabétique ! ». Je laisse passer la surprise… Puis je comprends qu’il me parle des élèves et lui répond gentiment que je n’avais pas prévu de le faire… Mais dans ma tête c’est l’indignation : « Je ne suis quand même pas venue ici pour ‘ranger’ des élèves dans l’ordre alphabétique !».

La première journée se passe bien. Je suis moi-même, souriante et à l’écoute, curieuse de trouver comment je vais pouvoir être utile à mes élèves. A TOUS mes élèves, je suis persuadée que tout le monde a les ressources pour progresser et réussir. Pour moi, l’école est forcément inclusive : égalité des chances, ascenseur social… oui, je crois à tout ça, parce que dans ma tête, le contraire est juste inenvisageable !

Tout le monde a les ressources pour progresser et réussir

Tout le monde a les ressources pour progresser et réussir

Au bout de 15 jours à préparer les cours la veille pour le lendemain, à chercher désespérément des réponses à mes nombreuses questions, à apprendre à l’ESPE des choses inapplicables dans l’immédiat…, je sors mon calendrier ! Et je fais ce que font tous les profs : compter les semaines avant les prochaines vacances ! Pas pour planifier un voyage, non ! Mais pour me motiver à tenir jusque là !

Rapidement, je me trouve en difficulté avec l’une de mes classes : beaucoup de bavardages. Je n’arrive pas à mettre en place un climat de classe satisfaisant pour travailler. J’en réfère aussitôt à ma tutrice terrain qui vient en visite au cours suivant. Et à peine les élèves sortis de la classe, ma tutrice me dit qu’il faut que je sois méchante !!! Ranger les élèves passe encore (j’ai fait des plans de classe au bout de quelques cours pour éviter de reprendre sans arrêt les copains bavards…), mais être méchante, non ! Jamais !

Quand ma tutrice me dit qu'il faut que je sois méchante !

Quand ma tutrice me dit qu’il faut que je sois méchante !

La relation stagiaire-tuteur : ma tutrice terrain, un exemple à ne pas suivre !

Pendant plusieurs jours, je me dis que j’ai mal compris. Une tutrice ne peut pas dire à sa stagiaire d’être méchante, non, ce n’est pas possible ! Et pourtant quand j’assiste à ses cours, non seulement je vois l’inverse de ce j’apprends à l’ESPE, mais en plus je reconnais bel et bien la méchanceté dont elle m’a parlé…

Alors il faut bien reconnaître que dans sa classe, l’ambiance est au travail. Il n’y a pas un bruit à part la voix de ma tutrice ou celle de l’élève interrogé. Et quand des murmures se font entendre, ils sont vite arrêtés… Traités de fainéants ou de boulets au moindre écart, les élèves de 2nde comme ceux de terminale n’en mènent pas large devant cette prof qui joue de son ‘autorité’. Alors si c’est ça l’autorité, non seulement j’en suis totalement dépourvue mais en plus j’espère ne jamais en avoir !

Le souci c’est que moi, j’ai absolument besoin d’un tuteur pour progresser dans mon job. Ou plutôt d’un mentor, oui c’est ça un mentor ! Quelqu’un de sage et d’expérimenté qui me guide avec bienveillance. Mais aussi quelqu’un qui ne me prenne pas pour un élève de plus à faire rentrer dans le droit chemin ! Cette personne aurait pu être ma tutrice ESPE, mais ce n’est pas son job…Et oui, le professeur stagiaire a deux tuteurs, bien planté, il pourra grandir et s’épanouir !😉

Gênée par cette relation qui démarre mal avec ma tutrice terrain (je vous épargne la liste de ce qui m’a choquée !), j’en parle en séance d’Analyse de Pratiques Professionnelles à l’ESPE. Mes collègues profs stagiaires me soutiennent. Mais la formatrice me fait remarquer que globalement ma tutrice fait son job. Alors que moi je dois travailler mon identité professionnelle car je suis dans une posture de ‘maman’ ! Et il faut que j’accepte de ne pas pouvoir sauver tous mes élèves ! OK, Ok, ok… Comprenez que pour la ‘Maman en quête d’équilibre’ que je suis, le choc est difficile à encaisser !

Et ma tutrice ESPE me direz-vous ? Elle me fait comprendre que je dois continuer mon chemin sans me laisser perturber, en vue d’obtenir ma titularisation. C’est un peu rude sur le moment. Mais elle a raison, l’enjeu de cette année de stage est bien d’être titularisée. Et la titularisation se base sur 3 avis. Il s’agit des avis du tuteur terrain, du chef d’établissement et du directeur de l’ESPE (émis par le tuteur ESPE). Mais quand même, je me sens bien seule dans cette structure…

Pourquoi je suis passée de professeur stagiaire à prof en disponibilité ?

 

Vous l’avez déjà compris, mon rêve a vite pris des allures de cauchemar ! Et cela pour plusieurs raisons. Il y a les facteurs extérieurs bien sûr, mais il s’agit aussi et surtout de moi, moi et re-moi !!! De mon insatisfaction face aux cours que j’ai toujours produits à la va-vite et qui n’avaient pas la qualité que je visais et de cette course contre la montre dont je ne voulais plus dans mon existence.

Professeur stagiaire : beaucoup de travail et d’insatisfactions

En tant que prof stagiaire au parcours atypique, j’ai très vite eu besoin de savoir si ce que je faisais avec mes élèves, tout en étant imparfait était acceptable. Je parle de la conception et de l’animation des cours mais aussi des évaluations, bref de tout ce qui est lié directement à l’enseignement de la langue. Ce n’est que mi-novembre après la visite de ma tutrice ESPE que j’ai su que j’étais sur le bon chemin et quels étaient les points à améliorer. Mais j’ai encore attendu jusqu’à mi-février pour avoir des notes de l’ESPE et comprendre que la titularisation était possible.

Seulement en février j’étais très fatiguée…En ayant 2 semaines de vacances toutes les 7 semaines environ, oui c’est possible d’être épuisée. Je ne l’aurais jamais imaginé avant cette année de stage, et pourtant plusieurs profs me l’avaient dit. Mais cela fait surement partie des choses que l’on intègre uniquement par l’expérience ! Et pour ma part, j’ai travaillé tous les jours de l’année, week-end et vacances compris, parce que les préparations de cours et les corrections sont chronophages …

En janvier-février, j’en étais au point de penser à démissionner. Mais Pôle Emploi m’a remise sur le droit chemin ! En démissionnant je n’aurais aucune indemnité alors que la rupture de mon précédent contrat m’avait ouvert des droits au chômage… Par contre, si je n’étais pas titularisée à la fin du stage, je serais indemnisable. Mais je n’allais pas pour autant attendre la fin de l’année en faisant n’importe quoi ! Parce que quelle que soit la suite de ma carrière de prof, l’important restait bien les élèves. Même si j’étais impatiente de ne plus voir certaines têtes, ou plutôt de ne plus entendre certaines voix….

Mon nouveau rêve : passer de professeur stagiaire à prof en disponibilité

Pour passer de professeur stagiaire à prof en disponibilité, il faut faire une demande. C’est ce que j’ai fait, avant même de savoir si j’étais titularisée. Car j’avais besoin de repos. Et démarrer une nouvelle année en tant que prof titulaire ou stagiaire en redoublement me mettrait trop de pressions et d’obligations. Au final, je pense que j’ai eu raison. Car même en étant titularisée et en obtenant un poste sur mon académie actuelle, l’année aurait à nouveau été intense. En prenant cette disponibilité, je renonce au poste si peu désiré de TZR (Titulaire de Zone de Remplacement) sur un secteur géographique qui suppose de 1 à 2 heures de trajets aller par jour et des cours à préparer pour tous les niveaux. Ben oui, un remplaçant prend le poste d’un collègue de collège, de lycée (général, technique ou professionnel) ou de BTS.

Alors non seulement je ne voulais pas de cette vie-là pour moi-même, mais encore moins pour mes enfants, ni pour mes futurs élèves d’ailleurs. Car je ne jette pas la pierre aux collègues qui ne seraient pas aussi bienveillants que cela est souhaitable, ni même à ma tutrice terrain ! Je pense que pour être au top devant les élèves, il faut être préparé et disponible. Mais comment l’être quand fin Août on ne sait toujours pas où on est affecté ?

Certes l’expérience est formatrice. Mais après cette année de stage, je suis plus que jamais persuadée que l’on fait fausse route en ne donnant pas de séquences prêtes à l’emploi aux profs (en fonction du niveau, incluant la différenciation, les évaluations, de la classe inversée…). Cela ne remet pas en cause la liberté pédagogique. Bien au contraire, libre à chacun de suivre entièrement, partiellement ou pas du tout les modèles proposés. Par contre, ce ‘confort’ permettrait à tous les professeurs et encore plus aux débutants d’être attentifs aux besoins des élèves et de les accompagner au mieux. Et j’ose imaginer qu’ainsi les climats de classe s’amélioreraient, que la confiance en soi des profs et des élèves serait boostée et que tous pourraient s’épanouir et être heureux !

Pour conclure, je garderai de bons souvenirs de cette année. Que je revienne ou pas dans le métier, ce passage était nécessaire pour moi. Je ne pouvais pas rester coincée sur cette envie d’être prof sans essayer et me faire une idée concrète du job. Car oui j’ai sûrement idéalisé ce métier, et même si je suis déçue par certains points, je suis consciente qu’être prof est un métier qui fait grandir, qui remet en cause, qui explose les croyances, et j’avais besoin de tout cela ! Au début de l’aventure, je ne savais pas que je ne savais pas ce qu’était être prof ; aujourd’hui je sais que je ne sais pas être la prof de mes rêves ! C’est déjà une avancée !!!

Et vous, avez-vous vécu des expériences similaires ?

Après être passée de prof stagiaire à professeur en disponibilité, je vais maintenant me consacrer à moi-même ! Encore une fois je vais chercher ce métier qui serait à la fois porteur de sens et d’équilibre…, car visiblement j’ai du mal à trouver mon équilibre bien-être / job. J’espère du moins que je vais pouvoir le faire. Car plusieurs questionnements subsistent, à commencer par l’indemnisation Pôle Emploi sans laquelle il va m’être difficile de continuer ma quête…

Je vous laisse la plume, n’hésitez pas à vous en emparer pour commenter cet article ou raconter vos propres expériences. Une seule contrainte : restez bienveillant envers vous-même et avec les autres !

Merci ♥♥♥

Crédits photo Pixabay
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